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Abeilles et OGM en Allemagne

Bien souvent les tribunaux offrent à des gens très sérieux, l’occasion de produire avec autorité et emphase des conclusions d’une stupidité ahurissante. D’une part, les parties, à vouloir gagner l’une contre l’autre, finissent bien souvent par y perdre toutes les deux, et d’autre part, à vouloir trancher en droit au moyen de lois incomplètes, le tribunal risque fort d’y perdre sa crédibilité.

Vous trouverez dans le numéro de septembre de ‘l’Abeille de France’, la revue du SNA, à la page 368, un article fort intéressant sur les déboires de Karl Heinz Bablock, apiculteur dont la production s’est trouvée accidentellement contenir du pollen d’OGM (le fameux maïs MON810), face au Tribunal Administratif d’Augsburg.

On y lit notamment que le Tribunal « décide que du miel contenant du pollen de maïs MON810 ne peut être commercialisé. La plus petite particule de pollen du MON810 rend le miel impropre à la consommation car le MON810 n’a pas d’AMM en qualité de produit alimentaire. »  Au final, il est demandé à l’apiculteur de déplacer ses ruches qui devront se réfugier dans une zone sans OGM.

Tout d’abord, je tiens à rassurer nos lecteurs, ‘Abeilles et Fleurs’, la revue de l’UNAF, n’a pas manqué cette occasion de nous passer une petite piqûre de rappel anti-OGM (lire p7 du numéro de septembre).

J’aimerais bien savoir dans quelle mesure le pollen de MON810 rend le miel impropre à la consommation. Je crois savoir que nous sommes dans une situation où l’absence de risque substantiel n’a pas été clairement prouvée plutôt que dans un cas de danger avéré. A mon sens, si le pollen de MON810 présente un risque c’est parce qu’il peut contenir de la toxine BT, insecticide sécrété par le fameux Bacilium Turigensis. Avant d’arriver dans le miel, ce pollen est déjà passé par un premier filtre biologique qu’est l’abeille, filtre qui devrait y être plus sensible que les consommateurs de miel.

Mais après tout, dans le doute, appliquons le principe de précaution et acceptons la première conclusion tu Tribunal d’Augsburg, il me semble alors que deux points mériteraient immédiatement d’être clarifiés.

– Le pollen étant impropre à la consommation, le grain voire même la plante entière ont de fortes chances de se trouver dans la même situation et être impropres à la consommation; alors il faudra m’expliquer pourquoi cultiver du MON810. Ne nous cachons pas derrière notre petit doigt et cessons de jouer avec les allumettes, comment les autorités peuvent-elles autoriser  la culture de produits impropres à la consommation et dont les risques de pollution vont bien au-delà de la contamination des miels par le pollen? Le premier récepteur de la pollution par les pollens est le maïs non-OGM du voisin dont les grains peuvent être OGM dès cette année. La destruction des produits est-elle assurée? N’y a-t-il pas dans une telle autorisation l’acceptation implicite de l’innocuité qu’on cherche à tester?

– Enfin, revenons à notre pollen impropre à la consommation, il me semble que le pollen de maïs n’est pas seulement transporté par les abeilles il l’est également par le vent et là les choses peuvent se compliquer. Le même tribunal devrait rapidement conclure que ce pollen est impropre à l’inhalation et qu’en conséquence il est nécessaire de déplacer les populations humaines situées sous les vents dominants des champs de maîs OGM en phase de pollinisation. Et si le vent tourne?… Qui est responsable de l’air que nous respirons? Qui fait les mesures? Qui prend les précautions nécessaires? Qui juge?

Une chose est certaine, sans les OGM on se marrerait moins!…

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