Mortalité

This post is also available in: English (Anglais)

Les statistiques sur l’évolution de la population d’abeilles sont très difficiles à obtenir; en revanche, il est assez communément admis que les abeilles françaises subissent les assauts de facteurs exogènes nombreux dont nous nous contenterons de citer les plus connus.

Depuis quelques années, le monde apicole doit faire face à un étrange phénomène : nombre de ruches se vident en moins d’une semaine. L’ampleur du phénomène conduit à parler de catastrophe, catastrophe mystérieuse car les abeilles disparaissent « proprement » sans laisser de cadavres et les ruches pleines de miel et de pollen ne sont pas pillées par d’autres abeilles ou d’autres insectes.

Aux USA, ce syndrome a récemment été qualifié de CCD (« Colony Collapse Disorder », traduit en français par « Syndrome d’effondrement des colonies ») et a remplacé différentes dénominations tels que “ Effondrement de l’automne”, “Maladie de mai”, “Maladie de disparition”, etc. Nous invitons le lecteur désireux d’approfondir ce sujet à lire deux articles de provenances différentes dans lesquels la question du CCD est présentée sous des angles complémentaires :

  • « Requiem pour les abeilles » de Dominique Guillet : très complet, donne le point de vue de l’écologie militante et aborde une multitude de causes possibles dont la thèse de la pollution hertzienne. Il rend également compte des combats politiques autour des pesticides.
  • « Mortalités et dépopulations des colonies d’abeilles domestiques : le cas américain » d’Yves Le Conte et Marion Ellis : donne l’état de l’art de la recherche académique et des nombreuses interrogations en cours d’investigation.

1 – Les symptômes du CCD

Dans les ruches effondrées :

  • Absence complète d’insectes adultes dans la ruche avec peu, ou pas du tout, d’abeilles mortes dans la ruche ou devant la ruche.
  • Infestation considérable des quelques abeilles que l’on trouve encore dans la ruche. Tous les virus néfastes à l’abeille connus sont présents ainsi que des champignons.
  • Certaines abeilles sont affectées par une demi-douzaine de virus.
  • Présence de couvain operculé.
  • Présence de stocks de nourriture dans la ruche, miel et pollen qui, premièrement, ne sont pas immédiatement pillés par d’autres abeilles et, secondement, lorsqu’ils sont attaqués par des parasites tels que la Fausse Teigne (Galleria mellonella) ou le Petit Coléoptère des ruches (Aethina tumida), ne le sont que tardivement.

Dans les ruches en cours d’effondrement :

  • le nombre trop restreint de travailleuses ne permet pas de prendre soin du couvain.
  • les travailleuses sont principalement de jeunes adultes.
  • la reine est présente.
  • l’essaim refuse de consommer de la nourriture apportée, tel que du sirop de maïs ou des suppléments protéiniques.

2 – Le CCD est observé dans un grand nombre de pays

On trouvera dans Dominique Guillet, avec les références bibliographiques d’usage, un inventaire impressionnant de pays dans lesquels le CCD a été observé.

Yves Le Conte et Marion Ellis, quant à eux traitent principalement du cas des Etats-Unis. Ils donnent cependant un intéressant encart historique montrant que des mortalités massives d’abeilles sont rapportées de tous temps et depuis fort longtemps puisque qu’un premier cas a été observé en 950 en Irlande.

3 – Quelles sont les causes du CCD ?

Il n’y a pas aujourd’hui d’explication solide du CCD. Les deux sources citées procèdent à une discussion critique des causes possibles sans trancher. Les auteurs ont cependant des voies de recherches privilégiées. Les universitaires penchent pour une explication multifactorielle mettant en avant des parasites. Dominique Guillet, quant à lui, invoque en premier lieu les multiples sources de pollutions. Le présent document se contente de lister les causes évoquées par les auteurs

3.1 – Les pesticides et fongicides

Une cause importante pourrait être l’utilisation généralisée de semences enrobées de pesticides systémiques tout aussi bien pour les cultures conventionnelles que pour les cultures génétiquement modifiées ; en particulier, l’application largement répandue d’une classe, relativement nouvelle, d’insecticides systémiques, les néonicotinoïdes, qui sont hautement toxiques pour les insectes, dont les abeilles, à de faibles concentrations. Il est en effet acquis que, la première faiblesse de l’abeille, c’est d’être un insecte et donc d’être hautement susceptible aux insecticides. Sa seconde faiblesse est son peu de capacité à résister et à muter. Les autres insectes “sauvages”, quant à eux, ont gardé cette capacité de muter très rapidement.

On trouvera dans Dominique Guillet un compte rendu très complet des « dossiers » Gaucho, Régent, Fipronil… Le Conte et Ellis indiquent que les chercheurs américains ne sont pas convaincus, a priori, du rôle de ces molécules dans le syndrome mais concèdent que des butineuses intoxiquées pourraient avoir plus de mal à retrouver le chemin de la ruche et contribuer ainsi au dépeuplement de la colonie.

3.2 – Pollution hertzienne (électrosmog) et interférences électromagnétiques

Que ce soit dans le cas du CCD ou dans le cas d’intoxication des abeilles par les pesticides, de nombreuses études effectuées mettent en évidence un dénominateur commun : les abeilles perdent leur capacité d’orientation et ne peuvent plus retourner à la ruche.

Certains chercheurs avancent l’hypothèse que les technologies de la téléphonie moderne dite de troisième génération dont les antennes sont de plus en plus omniprésentes dans les pays occidentaux et auraient un impact compte tenu de l’extrême sensibilité des abeilles aux champs électromagnétiques et aux perturbations du champ magnétique.

Cette thèse développée dans Guillet n’est pas reprise par Le Conte et Ellis.

3.3 – L’apiculture intensive

L’apiculture moderne occidentale, à l’image de l’agriculture moderne, est une apiculture forcée dont l’intensité peut également être incriminée :

  • des ruches surpeuplées, aseptisées, d’antibiotiques et d’acaricides,
  • des opérations de transhumance sur des monocultures ciblées,
  • des champs bombardés de fongicides, d’insecticides, d’herbicides,
  • une sexualité par l’insémination artificielle des reines,
  • des prélèvements trop important des réserves de miel,
  • le massacre de millions de reines, au 8ème jour de leur développement embryonnaire, pour “récolter” de la gelée royale.

Certes ces pratiques sont discutables, certes les Etats-Unis qui ont une pratique plus intensive sont plus touchés que la France, mais plusieurs travaux récents écartent, pour la France, les pratiques apicoles du rang des causes de mortalités.

3.4 – Les parasites

  • La varroase “varroa destructor”. Cet acarien asiatique a envahi l’Amérique latine en 1971 (importé du Japon par des apiculteurs du Paraguay) et a envahi l’Europe au début des années 60.
  • L’acariose, provoquée par Acarapis woodi. Cet acarien est un parasite interne de l’abeille. La femelle pond à l’entrée ou dans la trachée. Il affecte durement les États-Unis depuis 1984 et semble se répandre en Europe en 2007.
  • Une nouvelle nosémose provoquée par le protozoaire Nosema ceranae. Il est déjà en présent en Espagne et en présent en France. Ce protozoaire a été suspecté d’être la cause du CCD mais il faut noter qu’il est présent aux USA depuis une dizaine d’années.
  • Le petit coléoptère des ruches, Aethina tumida. Un nouveau venu d’Afrique qui est très présent et redoutable aux USA (depuis 1998 en Floride), Canada et Australie. Il serait présentement au Portugal.
  • Une autre acariose provoquée par les acariens Tropilaelaps clarae et Tropilaelaps koenigerum. Ils ne sont pas encore présents en Europe mais seraient en Australie ou proche des côtes australiennes, ce qui représente un danger de contamination pour les USA dont beaucoup d’agriculteurs font appel aux abeilles d’Australie pour la pollinisation.
  • Un nouveau prédateur des abeilles, un frelon nommé Vespa velutina nigrithorax , endémique en Chine, au Bhoutan, et dans le nord de l’Inde , s’est introduit en France fin 2004. Vespa Velutina construit ses nids en haut des pins et son taux de reproduction est élevé du fait de l’absence de prédateurs naturels. Il attaque les abeilles en plein vol.
  • Une récente découverte américaine basée sur la recherche systématique de 19 pathogènes connus lors de la survenue du CCD montre que l’IAPV (virus israélien de la paralysie aiguë) est le seul parasite corrélé à la présence du syndrome. Si ce résultat fait de l’IAPV un candidat sérieux, Le Conte et Ellis montrent qu’il ne peut être seul incriminé.

Aujourd’hui, de toutes ces études, les chercheurs s’accordent à penser qu’il n’existe pas une seule cause pour expliquer le CCD. La recherche s’orienterait maintenant vers des interactions pesticides– maladies dont, pourquoi pas, un pathogène inconnu.